Affaire Mebe Ngo’o : le matériel militaire chinois et l’injustice à ciel ouvert

Embastillé à la prison centrale de Kondengui pour une affaire de détournement présumé de fonds publics dans le cadre de l’achat de matériels militaires pour l’armée camerounaise, c’est pourtant ce matériel dit fictif, qui a servi dans la guerre contre Boko Haram et qui vient d’être sorti pour mettre un terme à l’escalade dans le NoSo.

En prison pour rien ? Aussi présomptueuse qu’est cette question, répondre par l’affirmative serait assurément faire preuve de justice.

L’histoire d’Edgar Alain Mebe Ngo’o c’est l’histoire d’un haut commis de l’Etat broyé par un rouleau compresseur qui n’épargne aucun serviteur loyal du Chef de l’Etat. C’est aussi la mésaventure d’un administrateur civil rompu à la tâche mais, pris en tenaille par des thuriféraires d’un régime qu’ils n’ont jamais servi avec la même hargne, le même engagement et la même fidélité.

Cloué au pilori dans une affaire abracadabrantesque où il lui est reproché un détournement de plus de 20 milliards de Fcfa, représentant des surfacturations et marchés fictifs, deux détournements de 196 milliards Fcfa représentant le coût total d’une Convention de prêt par laquelle Paul Biya a obtenu de la Chine, le rééquipement de toutes les composantes de l’Armée camerounaise, l’homme est cerné par des chefs d’accusation qui tombent sur le sens, à en croire des spécialistes des finances ; tant il est vrai qu’ils sont émaillés d’incongruités.

Des blindés dans le NoSo

Sinon d’où viennent les armes avec lesquelles nos soldats combattent la secte Boko Haram dans l’Extrême-Nord depuis six ans ou encore et les blindés pour affronter les milices de l’Ambazonie dans le Nord-Ouest et le Sud-ouest ? D’où pro- vient cet équipement de guerre dont la puissance de feu n’a d’égal que la haute technologie de ses fabricants ?

Le Cameroun a-t-il entre temps débloqué des faramineuses sommes d’argent pour équiper ses soldats ? Si oui dans quel budget et avec quel autre partenaire si ce n’est la Chine ? S’il est établi que Mebe Ngo’o a détourné l’argent destiné à l’achat de ces armes dernier cri, par quel miracle l’armée s’est-elle aussi bien équipée pour aller au front ?

Une pluie de questions qui fait dire à certaines sources au sein du sérail que ce sont bel et bien des armes acquises en Chine sous l’ancien Mindef qui croupit (injustement) en prison pour des faits qu’il n’a jamais commis.

Pour eux, l’affaire liée au contrat signé en 2013 entre le ministère camerounais de la Défense et la société chinoise Poly Technologies pour 300 millions d’euros d’équipements militaires (hélicoptères et patrouilleurs notamment), et pour laquelle Mebe Ngo’o est soupçonné d’avoir reçu « d’énormes libéralités et cadeaux », n’est qu’un tissu de mensonges.

Au nom du secret défense

A la barre, l’ancien Mindef n’a-t-il pas assuré avoir agi sous les ordres du prési- dent ? Convaincu que « le dossier est vide », l’homme est malheureusement astreint au devoir de réserve bien qu’il ne soit plus en fonction. « Je préfère la réclusion à vie plutôt que de dévoiler le secret défense », avait-il confié lors d’une audience en bon patriote. Ce devoir entravera-t-il la manifestation de la vérité ? Difficile de le savoir.

Ce qu’on sait, c’est que la Convention de prêt Poly Technologies a été intégralement exécutée au profit de l’Armée de terre, l’armée de l’air, la Marine nationale, le Corps national des Sapeurs-pompiers et la Gendarmerie nationale. A preuve, le Cameroun a entrepris le remboursement de sa dette auprès d’Eximbank of China qui d’après la Caisse autonome d’amortissement (Caa) arrivera à échéance en 2022.

Suffisant pour conclure que Mebe Ngo’o est en prison pour avoir détourné un pro- jet dont les matériels existent. Il est en prison pour avoir détourné pendant 6 ans, l’argent destiné à l’habillement des militaires lors des défilés du 20 mai, alors que ces militaires étaient toujours habillés sans qu’il n’ait jamais eu la moindre réclamation. Vous avez dit injustice ?

Franck ESSOMBA | Le Messager

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