Jean Daniel Abanda déféré à la prison centrale de Kondengui

L’homme soupçonné d’avoir assassiné sa compagne s’est rendu quelques deux jours après le drame. La vie a presque repris son cours normal dans le domicile du couple, au lieu dit « Ben le Boucher », à quelques pas de l’Avenue Germaine. Le drame qui s’y est déroulé dans la nuit du 13 au 14 Février a certes laissé de graves séquelles dans les esprits mais, il faut vivre avec.

Si les enfants de Joly sont rentrés dans leur famille maternelle, privés à jamais de l’amour maternel, ceux de Jean Daniel Abanda vont devoir affronter le fait que leur papa passe peut être le reste de sa vie en prison. C’est dans cette ambiance que nous avons rencontré un proche parent du présumé coupable, (il préfère garder son anonymat) et avec lui, nous avons essayé de comprendre ce qui s’est réellement passé au cours de cette nuit fatidique. 

–         Pouvez-vous nous dire ce que vous avez vécu comme scène dans la nuit du 13 au 14 février dernier ?

Les faits se sont déroulés dans la nuit du 13 au 14 février, il était pratiquement 23h. Lorsque je suis revenu de mes balades, j’ai trouvé que tout le monde était pratiquement endormi.

Si vous permettez que je revienne sur un petit détail, en début de soirée, Joly m’a fait des soins, parce que j’ai été victime d’un accident et comme elle était infirmière, c’est elle qui s’est occupée de moi.

Entre temps, Daniel qui était son petit ami, est allé chercher de l’eau avec le frère de la dame. Tout allait bien, rien ne laissait présager que quelques heures plus tard, on allait vivre cette tragédie.

Après ma perfusion, je suis sorti et, comme je l’ai dit plus haut, il n’y avait aucun problème entre eux, ni querelles, ni bagarre, ni rien du tout.

Lorsque je suis rentré vers 23 heures, c’est la fille aînée de la dame qui était encore éveillée qui m’a ouvert la porte mais, comme je n’avais pas sommeil, je me suis mis à visionner.

C’est aux alentours de 23h 30 – minuit que j’entends des cris. Cependant, ce n’était pas des appels au secours, je ne sais comment vous l’expliquer, c’était des cris sourds, le genre aïe – ouille mais, comme cela venait de la chambre d’un couple, cela n’a pas réellement retenu mon attention, au-delà d’un certain seuil. Je n’avais pas réellement pressenti comme une urgence qui nécessitait une intervention.

Mais, comme ces cris persistaient, j’ai ouvert la porte et c’est ainsi que j’ai aperçu le frère et la fille de la dame qui invitaient Daniel à ouvrir la porte.

Parce qu’ils n’obtenaient aucun résultat et que leurs appels restaient sans réponse, je leur ai dit qu’il est préférable de forcer la porte, quitte à la casser.

C’est comme cela que le frère de la dame donne un grand coup d’épaule et le battant s’est finalement ouvert.  Au même moment, Daniel est sorti par la porte arrière, en refermant derrière lui.

Lorsque je pousse le rideau, je vois la dame avec les intestins en main. Le petit frère de la dame était tétanisé, de même que sa fille aînée. Aucun ne donnait l’impression de pouvoir réagir.

C’est moi qui suis allé vers la dame, j’ai pris sa main et, nous avons marché de la chambre jusqu’au salon. Elle était encore bien consciente et, elle m’a demandé de tenir son portable.

–         Ce qui signifie qu’elle parlait encore, qu’elle était consciente ?

Oui oui, elle était toujours consciente. Je l’ai fait coucher sur l’un des meubles du salon, le temps d’ouvrir la porte et j’ai appelé son petit frère, demandant que nous l’amenions d’urgence à l’hôpital.

A mon petit niveau, j’ai pris un drap et serré très fort pour arrêter l’écoulement du sang ; Lorsque cela a été fait, nous avons urgemment pris un taxi pour la conduire à l’hôpital de la Caisse.

–         Et pendant que vous vous atteliez à porter secours à sa compagne, Daniel Abanda était où ?  

Il n’était plus dans les parages. Comme je vous l’ai dit plus haut, il a simplement fermé la porte derrière lui et est parti.

–         Il n’a rien dit lorsque vous l’avez croisé ?

En partant, il disait que : « Tu veux me tuer, tu veux me tuer, Qu’est ce que tu es venue faire avec le couteau dans notre lit ? Tu veux me tuer pourquoi » ?

–         Est-ce que vous avez remarqué, même en passant que Daniel Abanda était blessé lui aussi ?

Sincèrement, je n’y pas prêté attention parce que l’urgence pour moi était la dame qui tenait ses intestins en main. Toute mon attention était focalisée sur elle.

C’est lorsque  je suis allé rendre visite à Daniel, alors qu’il était déjà arrêté que je me suis rendu compte qu’il avait lui aussi des blessures au niveau de l’abdomen, mais du côté droit.

–         Revenons à Joly, si vous le voulez bien. Lorsque vous êtes arrivés à l’hôpital, était – elle toujours consciente ?

Oui, elle était toujours consciente puisque c’est elle qui donne son nom au médecin, ainsi que un numéro de téléphone de son répertoire et qu’elle a présenté comme étant celui de son conjoint. A ce niveau, seul le médecin pourra vous en dire plus et vous donner le nom de cet homme qu’il a appelé, en lui faisant comprendre que son épouse est dans un état grave à l’hôpital de la Caisse.

–         Son époux ? Cela signifie t–il que Daniel Abanda et elle n’étaient pas mariés ?

Non, ils vivaient en concubinage depuis sept ans, ils n’avaient pas encore signé l’acte de mariage.

–         Revenons à la prise en charge à l’hôpital

Oui, pour qu’elle soit prise en charge, l’on a donné là, sur le coup, une ordonnance de 27 mille malheureusement, je n’avais que huit mille francs sur moi.

J’ai demandé qu’on me laisse remonter à la maison pour prendre de l’argent mais, ils ont catégoriquement refusé de me laisser sortir, arguant que je vais prendre la fuite.

Malgré mon insistance, je n’ai pas pu les convaincre parce que c’est le surveillant général qui devait donner la permission qu’on me laisse partir.

Le temps ne faisait que s’égrener et, en dehors des premiers soins dont elle a bénéficié pour que le sang arrête de couler, aucun autre soin ne lui a été prodigué.

C’est quand le chirurgien arrive et leur pose la question de savoir ce que la dame faisait encore là alors qu’elle a été présentée comme une urgence ; j’aurais déjà dû la trouver au bloc opératoire. C’est à ce moment qu’il lui a été dit que je ne m’étais pas acquitté des frais requis. ’

45 minutes plus tard, son frère est revenu me trouver à l’hôpital ; il était pratiquement minuit trente, c’est ainsi que je suis rapidement remonté à la maison pour prendre de l’argent.

J’ai à peine fait dix minutes et lorsque je suis reparti à l’hôpital son frère me dit que ce cas est trop grave et que ce n’est qu’à l’hôpital Central qu’on peut véritablement la prendre en charge. Ils ont affirmé qu’ils ne peuvent plus rien mais, que nous attentions d’abord, le temps de la stabiliser avant qu’elle ne soit conduite là bas.

Nous avons retenu un taxi et, vers 1heure du matin, on nous a appelé pour nous dire qu’il n’y avait plus rien à faire. Que c’était fini.

–         Pensez-vous qu’il y avait un tout peu d’espoir de la sauver, si la prise en charge adéquate avait été faite promptement, sans que n’intervienne les questions d’argent ?

Je ne suis pas médecin, c’est vrai mais oui, je me dis qu’elle aurait pu être sauvée. Pendant qu’elle était couchée là, pendant pratiquement 45 minutes, elle n’a eu de cesse de demander qu’on la sauve. « Sauvez – moi, sauvez – moi s’il vous plaît», disait – elle.

Mais peut-être que ceux qui étaient là ce soir là respectent les ordres qui leur sont donnés alors, je me refuse de porter le moindre jugement.   

–         Qu’est ce qui s’est passé après l’annonce de ce décès ?

Nous avons essayé de joindre les numéros de la police, de la gendarmerie, personne n’est venu. A l’hôpital là, nous avons rencontré un homme en tenue qui nous a dit comment il fallait agir en de pareilles occasions et, nous avons suivi ses conseils.

Pendant que son petit frère faisait les démarches. Il est allé à la P.J faire une déposition. A ce niveau, ils lui ont donné d’autres orientations, notamment appeler la gendarmerie la plus proche.  

Moi je suis resté à côté de Joly, on ne pouvait pas laisser le corps ainsi à l’abandon. Il fallait que je reste là comme garantie.  

–         Lorsque sa petite amie est morte, avez – vous essayé de joindre Daniel Abanda pour l’informer ?

Non, je ne l’ai pas fait. J’ai plutôt essayé d’appeler Guillaume, son frère aîné, que j’ai tenu informé du déroulement de la situation mais, jusqu’à ce jour, il n’est pas venu.

A cinq heures du matin, la famille de la dame a commencé à se regrouper au niveau de l’hôpital, après ils sont montés ici à la maison pour chercher des photos ou alors la carte d’identité de Daniel.

On leur a donné la latitude de faire tout ce qu’ils voulaient, ils ont cassé des choses, détruit tout ce qui était sur leur passage et après ils sont partis.

Ils ont donc mis les photos sur les réseaux sociaux avec les versions de faits que vous avez certainement lu aussi.

–         Vous dites que Daniel Abanda s’est finalement rendu ? Comment cela s’est passé ?

Quand le Commandant de Brigade de Nkolmesseng est arrivé ici à la maison, il a entendu tout le monde, même le voisinage. C’est avant de s’en aller qu’il nous a dit, à la fille de Daniel et moi que s’il essaye de nous joindre, qu’on lui demande de se rendre. Ce sera pour sa propre sécurité parce qu’avec tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux et ailleurs, la population va le lyncher si elle le trouve avant eux.

Deux jours plus tard, je crois c’était le 16 Février, si mes souvenirs sont exacts, il m’a appelé pour me demander comment se présente la situation ?

–         Il était encore à Yaoundé ?

Je ne sais pas, je ne peux pas vous dire, parce que ce n’est pas avec son numéro qu’il m’a appelé. C’était un numéro inconnu et, j’ai profité pour lui dire ce que le Commandant de Brigade avait donné comme conseil. Il m’a répondu qu’il va me rappeler plus tard. Il était 22 heures. J’ai appelé sa fille pour lui demander de rester en éveil, parce que Daniel venait de m’appeler et que sûrement, il allait faire pareil avec elle.

Mais, sans attendre son appel, je suis allé au domicile de sa fille et, lorsqu’il l’a finalement appelé, nous l’avons convaincu de venir vers nous. Il est arrivé et, nous avons essayé de lui remonter le moral.

Son beau-fils a appelé l’un de ses amis gendarme et ; c’est ce dernier qui a donné l’information au Commandant de Brigade. On est venu le prendre, sans violence et, depuis Lundi, il a été conduit à la prison de Kondengui.  Nous attendons juste la suite.   

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