Arabie Saoudite: la tragique histoire d’une domestique malgache, forcée à la prostitution et enterrée à la pelleteuse

Une jeune Malgache de 22 ans a perdu la vie en Arabie Saoudite dans des conditions inhumaines. Le 11 mars dernier, Mélanie qui, comme des centaines d’autres Malgaches, avait émigré en Arabie saoudite pour y travailler comme aide domestique, est enterrée, le corps recouvert à l’aide d’une pelleteuse. Avant cela, elle avait été forcée à la prostitution. Des conditions que dénoncent des associations.

C’est dans un cimetière non-musulman dans l’est de l’Arabie Saoudite que Mélanie, une domestique malgache de 22 ans, a été enterrée à l’aide d’une pelleteuse.Le 15 mars, une association franco-malgache a alerté la rédaction de France24 à propos de cette vidéo, filmée le 11 mars à Al-Jubail, ville de la côte est saoudienne. On y voit une inhumation se déroulant au cimetière de Jubai, l’un des rares cimetières non-musulman du pays.  

La vidéo, qui dure à peine une minute, a été tournée par l’une des femmes malgaches qui assistaient à l’enterrement. Sur un terrain de sable visiblement désert, une pelleteuse rabat de la terre sur le corps de Mélanie, enveloppée dans un kafan blanc, le tissu dans lequel est enveloppée la dépouille dans le rite islamique. On entend des cris de douleur de l’une des femmes malgaches, qui porte une abaya noire, tandis que celle qui filme tente de la calmer.

Mélanie était travailleuse domestique, arrivée dans le pays en 2018. Elle est décédée de manière violente après qu’elle se soit échappée du logement de son employeur à Dammam (est). 

Selon l’association franco-malgache AZIG, qui, depuis 2009 apporte une aide administrative et psychologique aux travailleuses malgaches et africaines dans les pays considérés comme dangereux pour les travailleurs étrangers, Mélanie, qui s’est tournée vers la prostitution après s’être échappée de chez son employeur, est décédée dans des circonstances douteuses. Elle relate les évènements comme rapportés par des amies de la jeune femme.

« Le jour où Mélanie a été tuée, un client l’avait appelée et a loué une chambre d’hôtel, il a dit être seul, mais lorsqu’elle l’a rejoint, il y avait plusieurs autres personnes. Mélanie a prévenu ses amies que si elle ne rentrait pas de ce rendez-vous, elle serait morte. Elle avait une importante somme d’argent sur elle. Lorsque le rendez-vous s’est terminé, ils l’ont égorgée et ont certainement pris son argent. Son amie a reçu une photo extrêmement choquante, où on voit son corps mutilé et ensanglanté gisant sur un drap, avec un message : “Tenez, votre amie est morte”.

« Personne ne s’est mobilisé » à l’ambassade malgache à Riyad

Ensuite, le corps a été retrouvé dans la brousse de Dammam en octobre 2020. J’ai prévenu l’ambassade malgache à Riyad, mais personne ne s’est mobilisé et son corps est resté dans la nature pendant deux ou trois mois. À ce moment-là, en octobre, l’aéroport de Riyad était fermé et environ 85 femmes malgaches avaient besoin de partir d’Arabie saoudite après avoir rompu leur contrat. Ce n’est que là que l’ambassade a récupéré son corps. La famille m’a donné une dérogation pour rapatrier sa dépouille. Mélanie a finalement été enterrée sans cercueil. C’est intolérable. À Madagascar, les morts sont très respectés : les funérailles doivent se passer selon des rites très précis.

En 2019, une fille que j’étais censée rapatrier a été retrouvée enterrée là-bas. Dammam est un hub de prostitution. Il y a beaucoup de femmes malgaches qui sont proxénètes, elles travaillent souvent avec des proxénètes kényans et éthiopiens sur place. Les jeunes femmes envoient de l’argent à leur famille mais par le biais du proxénète qui n’envoie jamais la somme complète.

Il arrive que ces jeunes femmes soient tuées par leur propre chef, si elles ont gagné assez d’argent pour pouvoir se permettre de s’affranchir de leur proxénète. Selon les informations que nous avons pu collecter, c’est probablement ce qui est arrivé à Mélanie. Et la famille n’est pas au courant de ce qui se passe dans la vie de leur fille.

Beaucoup de femmes embauchées comme domestiques sont malmenées et ne supportent plus ce rythme et s’enfuient. Elles se retrouvent sans papiers, et des proxénètes les recrutent, souvent dans une maison reculée où elles elles sont gardées avec des armes a feu. Elles touchent 400 à 500 € par client selon la couleur de peau de la fille : plus elle est claire, mieux elle est payée.

Les filles recrutées ont entre 16 et 25 ans, quand elles partent de Madagascar elles mentent sur leur âge. Ces filles sont seules, si nous en tant qu’associations ne sommes pas là, c’est fini pour elles. J’ai déjà du intervenir par téléphone pour calmer des jeunes femmes qui voulaient se suicider.

Il y aussi des patrons qui les tabassent, les tuent et les enterrent quelque part, mais on n’a pas de moyen de vérifier. Combien de filles malgaches ont disparu ? Où sont leurs patrons, qu’en disent-ils ? ».

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