Aux dernières nouvelles, l’ancien ministre d’État chargé de l’administration territoriale et de la décentralisation Marafa Hamidou Yaya, est actuellement pris en charge à l’hôpital central de Yaoundé après avoir été testé positifs à la Covid-19.

 Marafa Hamidou Yaya escorté par les gendarmes (c) Droits réservés

« Prompt rétablissement à Marafa Hamidou Yaya, atteint de la Covid-19 et transféré cet après-midi (2 mai, 2021, Ndlr) à l’hôpital central de Yaoundé », a indiqué Guibai Gatama.

En effet, c’est depuis le 16 avril 2012 que cet ancien secrétaire général de la présidence de la République est incarcéré à la prison centrale de Yaoundé purge une peine de vingt ans de réclusion pour « complicité intellectuelle de détournement d’argent public ».

L’on se souvient que le 10 avril 2017, l’ex haut commis de l’Etat avait répondu par correspondance aux questions de Jeune Afrique.

Lebledparle.com vous propose de parcourir à nouveau entretien où Marafa disait être dans les geôles pour des causes « exclusivement politiques ».

Jeune Afrique : Comment allez-vous ?

Marafa Hamidou Yaya : Ma santé physique se dégrade. Bien avant mon arrestation, j’avais demandé l’autorisation d’aller effectuer des traitements et des contrôles à l’étranger, cela m’avait été refusé. Récemment, j’ai dû être hospitalisé, mon infection a pu être maîtrisée. Je me sens bien mieux.

Il y a cinq ans, vous étiez arrêté et incarcéré votre vie basculait. Cette période de privation de liberté vous rend-elle rend mentalement plus fort ?

Si l’objet de cette machination politico-judiciaire était de m’atteindre moralement, c’est raté. Je suis mentalement plus fort qu’avant.

Dans quelles conditions êtes-vous détenu ? Le SED est-il une prison respectueuse des droits des détenus ?

Le SED est d’abord et avant tout un camp militaire. Je suis reclus dans une prison de haute sécurité à l’intérieur de ce camp, dans une cellule de 3 mètres sur 4, sans fenêtre, et dans une cour intérieure exiguë, sans abri, que je partage avec mes codétenus.

Je vis en permanence entouré de soldats mitraillette aux poings, portant casques lourds et gilets pare-balles. Mes droits de visite sont extrêmement limités et des brouilleurs ont été installés pour me priver de toute communication. Certains ici considèrent que la prison n’est pas en soi une punition, mais un lieu où faire subir des punitions. Quant aux autres conditions de détention, elles sont largement connues et je ne reviendrai pas dessus, car c’est le principe même de cette détention que je conteste.

Le département d’État américain vous a reconnu le statut de prisonnier politique

Le département d’État américain n’est pas la seule instance à avoir reconnu mon statut de prisonnier politique. D’autres organisations, comme l’Internationale socialiste, l’ont également fait. Et en avril 2016, lors de sa 75e session tenue à New York, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, au terme d’une procédure contradictoire de plusieurs mois, et après examen des milliers de pièces fournies par les avocats de l’État et les miens, a rendu une décision demandant ma libération immédiate, et même une indemnisation de mon préjudice.

Avez-vous le sentiment d’être le prisonnier du Président ou celui du système ?

Les deux. Et si le président Biya lui-même n’y prend pas garde, il en sera un jour la victime, car le système qu’il a mis en place est obnubilé par sa propre perpétuation.

Avec le recul, regrettez-vous de ne pas avoir quitté le pays ?

Je n’ai aucun regret, car l’exil est une prison intérieure. Si j’avais fait ce choix, j’aurais sur la conscience la lâcheté de m’être soustrait aux questions légitimes des magistrats. Je l’ai fait. Le dossier de l’accusation s’est avéré vide. Chacun sait désormais que je suis en prison pour des motifs exclusivement politiques.

Au départ, je devais être neutralisé sur la base d’un dossier monté de toutes pièces, alléguant que je disposais d’une armée de 6 000 personnes à la frontière, sans préciser laquelle, et prête à foncer sur Yaoundé pour déstabiliser les institutions. Puis ce fut la prétendue affaire de « complicité intellectuelle » de détournement des deniers publics, à l’occasion de l’achat avorté de l’avion présidentiel. Et depuis mon incarcération, malgré de multiples enquêtes menées tous azimuts, le pouvoir n’a rien trouvé contre moi.

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